DU 16 JUIN AU 3 NOVEMBRE 2018 Musée Peynet et du Dessin humoristique

à ANTIBES

En novembre 1998, l’enterrement de Claude Serre donne lieu à une scène inédite en de telles circonstances : accompagné d’un aéropage imposant de représentants du monde de la culture, le cortège funèbre progresse au son des notes faussement joyeuses du « Piston Circus », dernière volonté d’un défunt atypique qui, jusqu’au bout, comme aux plus belles heures des Humoristes Associés, aura professé l’amour de la famille et celui des copains. Atypique… L’adjectif revêt chez Serre presque valeur de substantif tant le personnage, homme et artiste, s’est toujours tenu éloigné – sans réelle volonté d’ailleurs – des sentiers battus, du cheminement disons classique d’une carrière de dessinateur. À contre-courant d’un mouvement artistique partagé par l’essentiel de ses collègues appliquant dans leurs créations les principes d’immédiateté, et de simplification du trait à l’extrême à la recherche de l’essentiel, Serre besogne, Serre prend le temps, même pour son choix définitif de carrière. Serre cultive le perfectionnisme, l’esthétisation du dessin assimilée patiemment durant des années d’apprentissage de la gravure et de la lithographie ; donner du temps au temps pour créer le beau… Et tant pis si cela agace ou émerveille ; Serre dispose de sa propre horloge « biologico-artistique ».
C’est cela sans doute, cette spécificité si chère à l’artiste, qui fit et fait toujours de lui l’un des « gardiens du temple » du dessin d’humour, une sorte de panthéon virtuel où s’inscrivent les noms des Daumier, Tim, Dubout, Sempé, Searle… Serre. Claude Serre au musée Peynet et du Dessin humoristique est une évidence. Un clin d’œil veut que succédant à l’exposition Bosc, « SERRE. Dessins et gravures » permet de découvrir un « deuxième prince de l’humour noir » (le troisième étant Chaval) dont le style se situe aux antipodes de son prédécesseur. Une cinquantaine d’œuvres, dessins originaux et gravures, est présentée jusqu’au 3 novembre, sous sept thématiques : La médecine, Savoir-vivre, Gravures et illustrations, Le sport, De bouche-à-oreille, Chasse et pêche, et bien évidemment un inévitable hommage aux « Humoristes Associés ». Nul doute qu’en dehors des aficionados du cartoon, l’évocation du nom de Serre n’évoque que peu de choses à nos contemporains. Mais avancer le titre Humour noir et hommes en blanc éveille très régulièrement dans toutes les tranches d’âges sourires et interjections admiratives. On ne peut échapper au souvenir – même furtif – d’un Serre comme, au XIXe siècle, il était difficile d’échapper à un Daumier.

UNE VIE D’ESTHÈTE
Même si son attirance pour le dessin d’humour fut relativement précoce – il s’inscrivit à son premier concours (qu’il remporta) à l’âge de 15 ans pour le journal Vaillant – la multiplication de ses « griffonnages » ne laissait en rien présager d’une telle carrière.
De travaux divers et variés à sa collaboration avec le célèbre vitrailliste Max-Ingrand, Serre construisit, enrichit, peaufina le style fouillé et perfectionniste qui devint sa « patte », reconnaissable entre toutes. De ses tout débuts aux années de succès, il eut à ses côtés pour le guider et le conseiller son parrain et ami de la famille, le dessinateur Jean Gourmelin.
Après diverses publications relativement modestes dans les années 1960, la décennie suivante le vit s’intéresser et collaborer activement au dessin fantastique très en vogue.
Le jeune artiste multiplia parallèlement les publications dans les journaux scientifiques ou généralistes, Science & Vie, La Vie Électrique, Le Figaro. Hara-Kiri ou Charlie Hebdo, plus rarement Pilote, et Minute ; concernant ce dernier titre où sévissaient nombre de ses collègues débutants ou reconnus, la collaboration prit fin au changement de ligne éditoriale.

Le véritable « virage » vers le dessin d’humour intervint en 1972 lorsqu’un éditeur savoyard lui demanda une cinquantaine de dessins humoristiques sur le thème de la médecine. Ce contrat sera le prélude de l’aventure Humour noir et hommes en blanc qui, après une première édition luxueuse, sera rééditée par Jacques Glénat avec le succès retentissant que l’on connaît.

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S’en suivront les publications de thématiques aussi sombres qu’hilarantes,

Le sport, L’automobile, Savoir-vivre, La bouffe, Le bricolage, Vice-compris, Les vacances, Les petits anges, Musique, Chasse et pêche… À ce jour Humour noir et hommes en blanc reste le titre le plus vendu dans le monde de la publication « Dessin d’humour ».

Les titres de la presse s’arrachent les dessins de cet artiste esthétisant l’horreur en un grand éclat de rire, joie de vivre partagée avec la joyeuse bande de copains formant les « Humoristes Associés »… Les prix et festivals s’enchaînent, Serre explorant parallèlement d’autres univers avec un même succès ; ainsi, dans les années 90, il illustre par gravures et sérigraphies les œuvres de Francis Blanche, de Frédéric Dard, des éditions luxueuses de Tristan et Iseult, Les Fleurs du mal de Baudelaire…

La maîtrise de ces techniques est la résurgence de ses formations antérieures, notamment sa période chez Max-Ingrand (gravure sur bois, peinture sur verre…). Ces réminiscences le confortent dans son style riche et fouillé de la hachure si reconnaissable dans son œuvre.

En fin de compte, cynisme, humour noir, vitriol resteront les marques de fabrique du travail de cet artiste inimitable, adoré par ses pairs. Barbe : « Il était celui qui donnait à l’acheteur le sentiment d’en avoir pour son argent. La perfection de son graphisme était telle que les gens avaient l’impression d’acheter une œuvre « consistante », alors que les plus elliptiques d’entre nous donnaient l’impression contraire ». Loup : « Avec Bosc ou Chaval, on avait l’impression de boire du champagne mais rien d’autre ; ça faisait pétiller le cerveau mais ça n’était pas suffisant, pas roboratif en somme ; Serre lui, avait choisi la choucroute … »

LES HUMORISTES ASSOCIÉS Serre, plein d’humour et de répartie, conteur de blagues interminables mais aussi anxieux, tourmenté, inquiet, presque phobique, est un fidèle en amitié. Apprécié de tous les coreligionnaires du dessin « qui fait rire », le voilà entraîné à la fin des années 1970 dans l’aventure des « Humoristes Associés », bande de joyeux drilles, épicuriens et fourmillant d’idées, de gags à coucher – ou non – sur papier… Les réunions sont mémorables, et cette farandole sans cesse renouvelée de bonne humeur va donner naissance à de savoureux albums. Les styles graphiques sont multiples, comme les prises de positions… C’est le retour de l’ambiance du XIXe siècle avec Daumier, Philippon, Grandville… On y retrouve les plus grands : Laville (organisateur des festivités), Bridenne, Blachon, Loup, Trez, Avoine, Nicoulaud, Soulas, Mordillo, Sabatier, Fred, Napo…
Les livres se faisaient tout seuls dans une ambiance souvent potache qui faisait de nombreuses victimes consentantes… « Ce n’était pas une amitié de dessinateurs, c’était une amitié, c’est tout. Être des H. A., c’était l’aristocratie du rire » résume Bridenne. Sculpteurs, plasticiens, musiciens et comédiens rejoindront la troupe, qui donnera même naissance à « Piston Circus », une joyeuse fanfare de dessinateurs se donnant en spectacle les jours de rassemblements d’amis. « Chaque fois qu’on avait quelque chose de terrible à annoncer pour faire un canular, on envoyait Serre, il était formidable, il parlait comme il dessinait, avec tous les détails. Il pouvait être sinistre » analyse Nicoulaud. « Les H. A. » eurent une influence considérable sur le style de vie et de dessin de Claude Serre.
10 novembre 1938 : Naissance à Sucy-en-Brie 1945-19453 : Découverte de sa passion du dessin et première publication dans le journal Vaillant à la suite d’un concours. 1953-1959 : Éffectue des travaux d’illustration de boîtes et présentoirs auprès de différentes sociétés ainsi que de la décoration sur céramique. 1959 : Service national (abrégé). Soutenu par son parrain le dessinateur Jean Gourmelin, se lance réellement dans le dessin d’humour. 1960-1969 : Rejoint avec Gourmelin l’atelier du vitrailliste Max-Ingrand. 1962 : Dany et Claude Serre se marient ; trois garçons naîtront de cette union : Olivier, Ludovic et Tom. 1962-1972 : Serre collabore à de nombreux titres renommés, notamment Sciences et vie, Le Figaro, La Vie électrique où publient déjà Sempé, Tetsu, Laville, Bosc, Chaval, Fred, Desclozeaux. 1968-1990 : Réalise de nombreuses illustrations et gravures dans le monde du dessin fantastique (il y rencontrera Solo ou Soulas), notamment pour Miroir du fantastique ou Futurs.
Collabore à Hara-Kiri, Charlie Hebdo, Pilote. Illustre Baudelaire, Francis Blanche, Frédéric Dard… 1968-1978 : Travaille pour les hebdomadaires Minute et Le Crapouillot avec Reiser, Cardon, Topor, Bosc, Gébé, Cavana, Tim, Loup… Le triomphe d’Humour noir et hommes en blanc lui permet de quitter – avec soulagement – ces deux titres dont il ne partage plus la ligne éditoriale. Il collabore avec Jacques Glénat. 1980 : Naissance (officielle) des « Humoristes Associés ». 1978-1992 : Les titres à succès se multiplient et s’enchaînent, tout comme les récompenses et les festivals ; Le sport, L’automobile, Savoir-vivre, La bouffe, Le bricolage, Vice-compris, Les vacances, Les petits anges, Musique, Chasse et pêche… 13 novembre 1998 : Claude Serre s’éteint à l’âge de soixante ans. Tous ses amis des Humoristes, le monde de l’humour et du cinéma sont présents aux obsèques, encadrés par la fanfare de ses copains du « Piston Circus ». « Serre fait partie de ces gens qui n’ont pas besoin d’être présents pour être là. » Frédéric Dard
• Vaillant, 1949 • La Vie électrique, 1962-1972 • Minute, 1962-1978 • L’Os à moelle, Le Nouveau Candide, 1964-1966 • Pariscope, Plexus, Zèle, Planète, 1966-1968 • Miroir du fantastique, 1968-1972 • Hara-Kiri et Charlie Hebdo, 1967-1972 • Le Crapouillot, 1969-1981 • Marie-Claire, Satirix, 1970-1973 • La Tribune médicale, Science, 1977-1979 • Sciences et vie, 1972-1983
• Lui (1964 – 1983) • Le Nouvel observateur, 1978-1985 • Le Figaro magazine, 1978-1982 • 50 millions de consommateurs, 1978-1983 • L’Express, Que choisir, 1980-1982 • L’Allumé du mois, 1993-1995

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